Globe vendéen. Grand favori, Jérémie Beyou rentre aux Sables-d’Olonne pour réparer | Charal Sailing Team

C’est le premier grand coup de théâtre de ce Vendée Globe. Grand favori du tour du monde en solitaire sans escale ni assistance, Jérémie Beyou (Charal) a annoncé ce mercredi 11 novembre il faisait demi-retour direction les Sables-d’Olonne pour réparer une succession d’avaries. Dans le peloton de tête de la flotte depuis le départ dimanche du port vendéen, le navigateur, troisième de la dernière édition, voit son rêve de victoire s’éloigner.

Les problèmes ont commencé mardi en début d’après-midi à bord de son bateau «volant» doté de foils. Alors qu’il effectuait une réparation dans des conditions de mer difficiles sur une poulie de renvoi d’écoute qui venait d’être arrachée, le triple vainqueur de la Solitaire du Figaro a percuté un ofni (objet flottant non identifié) au large des côtes espagnoles. «Jérémie est rentré dans le bateau pour préparer sa réparation, et alors il était à l’intérieur, il a tapé quelque chose, raconte Pierre-François Dargnies, directeur technique du Charal Sailing Team. Dans le mouvement, le bateau a empanné, il s’est retrouvé sur le bord et s’est alors rendu compte que le safran tribord était un peu endommagé. Il a décidé d’attendre le passage du front dans la nuit pour commencer les réparations sur le safran. Il a viré de bord ce matin en attendant le levier du jour pour pouvoir attaquer cette réparation, mais au bout de quelques heures, la bastaque tribord (câble qui soutient le mât par l’arrière – NDLR) a cassé, très certainement, parce que le renvoi d’écoute, qui avait lui-même cassé, est tout à côté de la bastaque, les éclats de carbone ont dû la cisailler. »

Après avoir échangé avec son équipe technique, Jérémie Beyou (44 ans) a donc, la mort dans l’âme, pris la décision de rentrer pour réparer au plus vite alors qu’il se développe au grand du Portugal à 650 milles (1200 km ) des Sables-d’Olonne. «Avec un point de renvoi d’écoute arraché, un safran amoché, sachant il est possible que le foil ait aussi tapé, et une bastaque cassée, ça faisait beaucoup pour un troisième jour de cours», souligne Pierre-François Dargnies. Le skipper a le droit de revenir à Port Olona, ​​seule escale autorisée pour réparer, dans la limite de 10 jours après le départ, soit le mercredi 18 novembre à 14h20.

Selon les derniers fichiers météos, Jérémie Beyou est attendu sur la côté vendéenne vendredi en fin de journée. «Ça va dépendre forcément de sa vitesse, parce que tant qu’il est en bâbord amure, comme c’est le cas actuellement, il peut avancer à vitesse à peu près normale, mais en tribord, comme il n’a pas de bastaque , il va devoir naviguer tout doucement, explique la technique de son directeur. L’avantage, c’est que ce n’est a priori que du portant (vent venant de l’arrière – NDLR) » Selon le règlement, l’équipe technique pourra monter à bord dans les 3 milles nautiques (5,5 km) avant la bouée Nouch Sud qui marque la ligne d’arrivée du Vendée Globe. Une fois sur place, un état des lieux précis nécessite de mieux évaluer les différentes avaries et le temps de réparation nécessaire afin que le navigateur breton puisse élargir à nouveau les amarres le plus rapidement possible. «Nous avons un safran de rechange, donc ce n’est pas un souci, et pour le reste, tout dépendra de l’étendue exacte des dégâts», précise Pierre-François Dargnies.

C’est la troisième fois que le vainqueur de la course du Fastnet 2019, en double avec Christopher Pratt, rencontre des avaries importantes sur le Vendée Globe. En 2008, Jérémie Beyou avait dû abandonner sur un problème de mât au quinzième jour de course. Quatre ans plus tard, c’est la casse du vérin de quille de son monocoque 60 pieds (18,28 m) qui avait mis un terme à ses rêves de remporter l’épreuve. Vainqueur des deux cours préparatoires en solo cette année (Vendée Arctique et les 48 heures du Défi Azimut), le natif de Landivisiau (Finistère) ne devrait pas repartir avant samedi, soit six jours de retard au minimum sur la tête de la flotte qui aura déjà pris la poudre d’escampette dans sa descente de l’Atlantique.

En 2008-2009, Michel Desjoyeaux (Foncia), unique double du Vendée Globe, avait été obligé de faire demi-tour au bout de 200 milles de course en raison d’une panne électrique du moteur, nécessaire à l’alimentation des différents systèmes informatiques et électroniques du bateau (désalinisateur, pilotes automatiques, logiciels de routage…). Après réparation, il s’était élancé avec 40 heures de retard sur ses concurrents et les avait dépassés un à un fil de sa circumnavigation pour finalement l’emporter. Mais c’était il y a 12 ans, une éternité en cours au large, et avant l’apparition des foils qui permettent aux bateaux de voler et atteignent des vitesses moyennes très élargies supérieures et des pointes jusqu’à 36 nœuds (67 km / h) pour certains.